2 avr. 2016


Collection Georges Sirot


Voici un portrait photo inédit de Raoul Ponchon
ici à gauche en bonne compagnie
trouvé dans un recueil d'écrivains connus du début XXème.
Collection Georges Sirot (1898-1977)

2 juin 2015

 
 
 
PONCHON et ses ILLUSTRATEURS
 
MAURICE NEUMON
 
  
WILLETTE
 


STEINLEN
 


HENRI PILLE
 

BALLURIAU
 

7 avr. 2015



Raoul Ponchon, le Sauvage
par
EMILE CRAVOISIER
1882
  
Dessin à l'encre (1882) de l'artiste et journaliste Emile Cravoisier
 
Emile Cravoisier ( 1857-1927) était un publiciste investi dans les questions coloniales.
Dès 1881, il participe à des journaux et publications telle la Dépêche Coloniale et aimait dessiner .
Nous ne savons rien sur cette version originale de Ponchon avec un tel chapeau et habillement plutôt dandy.
En 1882, Raoul Ponchon avait 34 ans.
 
 
 
 
 
 

30 janv. 2015




Enfin, voici l’Hiver

 

Enfin, voici l'hiver admirable et charmant ;
Avec ça nous avons un bon gouvernement,
- Parait-il - car pour moi, j'aime autant vous le dire,
Ce détail n'a jamais préoccupé ma lyre.
Enfin, voici l'hiver titubant et tremblant
Et plus blanc mille fois que n'est un merle blanc,
Quelle joie ! O saison frileuse de décembre ;
Joseph, donnez-moi vite une robe de chambre.
On ne va plus suer aux portes des cafés.
En se noyant avec des breuvages frappés
On ira s'enfumer au fond des brasseries,
Boire, bien entendu, mêmes saloperies ;
Mais tout ce que l'on boit dans un intérieur
Parait, à mon avis, bien autrement meilleur.
En été, voyez-vous, quand vous boiriez la Loire
Vous avez toujours soif, et vous auriez beau boire,
Le terrible soleil pompe votre cerveau
Et tout parait en somme aussi fade que l'eau ;
Si vous buvez de la bière comme un boruss,
C'est comme si vous chantiez pour le roi de Prusse ;
Vous n'êtes bon à rien : vous suez, voilà tout,
Comme je vous le disais si bien tout à l'heure.
Si j'étais seulement un peu millionneure
Au lieu du chaud été, coiffé d'un casque vert
Je pourrais me créer un hermineux hiver.
Et pendant que les gens coulent sur le bitume,
Ramassé comme un chat dans un fauteuil de plume
Boire tout à mon aise, avec quelques amis
Et cette rude soif que le ciel m'a permis.

Chimères ! il me faut accepter telles quelles
Les saisons avec les facheux contre-temps qu'elles
Comportent. Ah ! la vie est de maux un tissu
Et celui qui l'a fait n'en a jamais rien su ;
Ou, sans doute il l'eût fait d'une meilleure sorte ;
Enfin, quoi qu'il en soit, que le diable l'emporte.

Voici venir l'hiver, l'hiver délicieux
Et le cruel soleil ne chauffe plus nos cieux.
En été, l'on ne peut manger, non plus que boire
Et c'est bien là le plus embêtant de l'histoire.
Tout ce que vous mangez est plus lourd que le plomb :
La viande la plus tendre et le joli pain blond.
Il faudrait pour bien faire absorber de l'espace,
Mâcher l'aube, l'aurore, ou bien le vent qui passe,
Des fruits mystérieux aux pulpes d'air tramé
Et mûris simplement par la lune de mai.
Quant à dormir, madame, allez, c'est impossible :
Il serait plus aisé de refaire la Bible ;
Votre corps délicat, et que je crois fort beau,
N'aurait pour se couvrir que l'ombre d'un drapeau.
Vous n'en dormiriez pas, madame, davantage,
Sans compter que la femme a bien plus d'avantage
L'hiver, surtout aux yeux attentifs de l'amant.
Mon Dieu, je ne dis pas cela pour moi, vraiment !
A mon âge, l'on est un amoureux fort piètre :
Quand on prend rendez-vous, on n'est pas sûr d'y être.

C'est surtout à Paris que l'été suffocant
Est lugubre, aussi bien, chacun fiche le camp,
On ne rencontre plus dans la cité paillarde
Que quelques naturels de Brive-la-Gaillarde,
Quelques dents de cheval de la perfide Albion
Et des instituteurs pilotés par un pion ;
Mais, comme il est certain que ces vieilles gravures
Ne vont pas à Paris pour y voir des figures,
Mais bien pour visiter l'illustre Panthéon
Et le tube où l'on voit en haut Napoléon,
Il leur importe peu de rencontrer des zèbres :

Evanouissez-vous, ô visions funèbres.
Voici venir l'hiver délicat et charmant,
Le décor va changer, madame, en un moment,
Vous avez faim, j'ai soif, et cet autre digère
Comme il faut. L'on entend moins de langues étrangères ;
Les Anglais chevalins sont déjà loin d'ici,
Et les provinciaux sont partis, Dieu merci !
Partout sur les trottoirs trempés comme Gribouille,
Ca va, ça vient, ça vire, et ça bouge, et ça grouille ;
Car les Parisiens sont de drôles de corps ;
Plus il fait mauvais temps, et plus ils sont dehors.
C'est que l'hiver, pardine, est la bonne saison
Et les Parisiens l'aiment avec raison.
Dès quatre heures Paris s'étoile de lumières ;
Les colonnes Morisse annoncent des premières
Partout, où vous pouvez, messieurs, na pas aller
Si vous aimez ailleurs aller vous trimbaler ;
Ce ne sont que festins, ce ne sont qu'astragales,
Et divertissements chers au prince de Galles ;

Promenades au Bois, à deux, dans des coupés,
Jambes en l'air (pardon) à la fin des soupers.
Partout des bals, partout des banquers et des fêtes
Avec des sous-préfets, avec des sous-préfêtes.
Dîners officiels avec musique et gaz
Et des fleurs - "trop de fleurs" - comme disait Calchas.
Et ces derniers salons où l'on cause, où l'on flirte,
Où l'écrivain du jour à celui d'hier se heurte.
Je passe, à coup sûr, mainte autre distraction
Dont trop grande serait l'énumération :
Five o clock, cotillon, que sais-je ? Comédies
De paravent que jouent d'anciennes rouchies,
Réceptions, sermons de pères Monsabrés,
Cirques pour gens du monde, et bals masqués, parés,
Enfin tous ces plaisirs que ramène Décembre.
- Ah ! j'allais oublier les musiques de chambre. -
La voilà, la foilà, la saison des galas,
Des gagas, des tla-tlas,laritlas, tralalas.
Ah ça ! me direz-vous : ces plaisirs sont les vôtres ?
Moi ? pas du tout, messieurs, j'aime ça pour les autres ;

Ne m'interrompez pas : il parait que Sadi,
Le poète persan qui nous préside, a dit
Qu'il voulait dans ces murs où Wilson hier encore
Décorait, - décoreras-tu, - je te décore,
Donner des fêtes à tout casser, à l'instar
De César, Balthazar ou Nabopolassar ;
Et chacun sait fort bien qu'on entre à l'Elysée
Comme chez soi, par la porte ou par la croisée,
Car sous la République on est toujours chez soi.
C'est même ce qui fait que je préfère un roi ;
N'importe, puisque nous sommes en République
J'en suis, tout comme un autre un sujet platonique.
 

Bref, l'hiver a cela de bon, mes chers amis,
Qu'après trois mois durant de plaisirs impermis,
Un matin, au travers vos carreaux blancs de givre
Vous voyez le ciel pur et les lilas revivre.
 
 
RAOUL PONCHON
le Courrier Français
11 déc. 1887

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26 janv. 2015

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BALLADE
en l'honneur de Ponchon
 
 
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Le mal d'ennui sévit en notre temps ;
Il nous éteint, nous jaunit, nous dévore !
Riches, pannés, cancéreux, bien portants,
Guillotinés ou gens que l'on décore,
Tous dans Paris geignent ! Je le déplore,
Mais ne pouvant habiter d'autre lieu,
Je lis Ponchon, en guise d'ellébore,
Il est si bon de s'égayer un peu !

Ponchon est gai parmi les mécontents ;
S'il parle grec, c'est à propos d'amphore.
Il ne lit pas des Sarcey attristants.
Zut pour le cuistre et pour la métaphore !
Quand au chagrin que l'amour fait éclore,
Comme il préfére être seul dans son pieu
,

Il s'en bat l'oeil comme d'une pécore.
Il est si bon de s'égayer un peu !
Banville a fait des vers plus éclatants,
Nisard une oeuvre immense qu'on ignore,
Pierre Véron : "Comme on aime à vingt ans"
Bourget se scalpe et Floupette plangore ;
Mendès sourit au péché de Gomorrhe.
Chez Mallarmé je n'y vois que du feu.

Mais Ponchon seul a le rire sonore :
Il est si bon de s'égayer un peu !
.
.
ENVOI.
Toi que Ponchon à trois genoux adore,
Déesse chauve, ô lune du ciel bleu,
Reconduis-le chez lui longtemps encore :
Il est si bon de s'égayer un peu !


 
Raoul Gineste *
le Courrier Français
29 décembre 1889
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(1) Ça dépend... (R. Ponchon)
;

23 janv. 2015



LA VÉRITÉ DANS LE VIN
LE MATIN ILLUSTRÉ
Éloge de Raoul Ponchon
1937

A 89 ans, Raoul Ponchon est hospitalisé (hôpital Saint-Joseph, Paris 14ème) et meurt quelques jours plus tard, le 3 décembre. Son décès fera grand bruit à Paris. Une cérémonie religieuse sera célébrée en l'église St Etienne du Mont avant de rejoindre dans la même tombe son ami Jean Richepin en Bretagne, à Pléneuf Val André.

 



 


 
 
 

5 oct. 2014




JACQUES SPITZ et RAOUL PONCHON


"Spitz est avant tout un romancier. C'est aussi un logicien, un moraliste et un humoriste désabusé dont l'oeuvre jette un pont entre la pataphysique d'Alfred Jarry et le post-surréalisme de René Daumal, Philippe Curval, Daniel Drode, Serge Brussolo, Antoine Volodine ou Alain Damasio. Parallèlement aux esthétiques orthodoxes nées de Verne et Rosny, ce courant a toujours irrigué la science-fiction française, dont il est l'une des expressions les plus originales. En cela, Spitz est bien un de nos pères égarés."
Serge LEHMAN


L'auteur de "la guerre des mouches" dédicaça ce roman "l'agonie du globe" à 
Raoul Ponchon


22 févr. 2013

13 sept. 2012

 
 
 
 
 
SALUT L'AMI JEAN-PAUL !
 
Jean-Paul Rocher et Jean-Pierre Desclozeaux
 
Une CINQUIÈME MUSE devait naître avec toi....
illustrée par le maître Jean-Pierre....
 
 la maladie a malheureusent décidé autrement...
 
Une pensée amicale pour ta famille et tes proches.
 
Bruno et... Michel
 
 
 

17 juin 2012

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TO BE OR NOT TO BE
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Chaque jour, quand je me lève,
Je me dis alors :
Ah ! pourquoi pendant mon rêve
Ne suis-je pas mort,

Vais-je donc, dur comme roche,
Devenir plus vieux
Que mademoiselle Doche !
C’est bien ennuyeux.

Ah ! recommencer à vivre,
Mes pauvres enfants !
Heureusement je suis ivre
Les trois quarts du temps.

Mais j’entends quelque un me dire :
Hé ! mon cher petit,
Il ne m’en dit pas, ma chère,
Il ne m’en dit pas. ( air connu)

Il s’en faut que je me nuise
Seulement de ça.
Voyez-vous que je détruise
L’amour que voilà.


De vivre, à quoi je m’exerce
Si je m’abstenais,
Qui chanterait ton commerce
Mon cher Dubonnet ?

Puis, la vie encor que sotte,
Qui fait mal à voir,
C’est un mal que l’on dorlote,
Que l’on aime avoir.


Vivons donc, puisqu’il faut vivre
Pour l’amour de Dieu,
Et que la mort nous délivre
Chaque jour un peu.

Regardons par la fenêtre
Ca, quel temps fait-il ?
Tiens, le printemps vient de naître,
C’est le mois d’Avril !

Je me croyais en Décembre,
Ca doit tenir au
Thermomètre de ma chambre
Qui marque zéro.

Oui, c’est le printemps, pardine
Je le croyais mort.
Mais non, le soleil radine,
Ca c’est un peu fort.

Oh ! Mais un soleil fantasque
Veuf de ses rayons,
Qui a l’air avec son casque
D’un’ chand de crayons.

Et puis d’ailleurs, que m’importe
Printemps ou hiver ?
Oublions ces saisons fortes
En tuant le ver.

Bran. Voici la rue immonde.
Hélas, il le faut.
Doux Jésus ! Le vilain monde,
Bon pour l’échafaud.


Ah ! Ces gens inexorables,
Ces regards divers,
Tous ces bourgeois incurables,
Ces profils pervers.


Qu’il faut avoir du courage
Pour vivre au milieu
De ce monde plein de rage,
Sacré nom de Dieu !…
………


Par bonheur, en ma détresse
Il me reste encor
Ma très fidèle maîtresse
Qui n’est qu’or et qu’or.


Je vais aller la surprendre…
Toc, toc. Ouvre-moi.
La chère, elle doit m’attendre…
Je suis plein d’émoi.

Mon cœur à tes pieds, se vautre.
Toc, toc… Allons bon,
Ell’ fait ronron sous un autre,
Petit patapon.


RAOUL PONCHON
09 déc. 1895
le Courrier Français


31 déc. 2011






A M. LOUIS DIDON
qui avait envoyé une terrine de foie gras du Périgord
au Courrier Français,
à l'occasion du Réveillon



Un poème, Didon, ta terrine de foie !
Des gens seraient sortis volontiers de prison
Pour flairer seulement sa douce exhalaison.
A son seul souvenir l'oeil du Courrier flamboie.


Pour payer ce chef d'oeuvre il n'est point de monnoie,
Et c'eût été trop peu de l'antique Toison :
La truffe ambrosiaque y tenait garnison
Et l'emplissait de grâce et d'amour et de joie.


Aussi, pour cet envoi gracieux, ô Didon,
Nous te remercions en masse, mais, dis donc,
Je vais te dire ici, - la vérité m'y pousse -


Quel est mon désespoir et le regret que j'ai :
Je n'en eus, pour ma part, que gros comme le pouce ;
Ce bougre de Quinzac a presque tout mangé.


RAOUL PONCHON
le Courrier Français
01.01.1888

30 déc. 2011

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Aux lecteurs du
« JOURNAL »
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Bonjour, bon an


O lecteurs, brillante phalange,
Peut-être vous vous demandez
Quelle est cette personne étrange
Qu’on voit toujours à mes côtés ?…


C’est ma Muse, jeune bacchante
Qui dorlote mes célibats.
Il sied que je vous la présente,
Si vous ne la connaissez pas.


Oh ! Elle n’est pas de ces muses
Qui vont donnant du nez au ciel
Jusques à s’en rendre camuses.
Elle vit, c’est l’essentiel.


Il est des choses, pauvre brute,
Qu’elle ne comprendra jamais.
Les différents pics de la Butte,
Ce sont là ses plus hauts sommets.


Elle aurait une voix plus forte,
Que cela n’en vaudrait que mieux .
Elle ne l’a pas. Il m’importe ;
C’est affaire entre elle et les Dieux.



C’est une bonne fille, en somme.
Son nichon n’est pas surhumain,
Il tient dans la main d’un brave homme,
C’est-à-dire ma propre main.


Elle est timide, elle est peureuse ;
Elle va son chemin plan plan,
Sans plus, s’estimant fort heureuse
Quand elle atteint le bout de l’an.


Elle aime les bois, la campagne,
Les fleurs qu’on trouve à chaque pas,
Aussi les châteaux en Espagne,
Pourvu qu’ils n’aboutissent pas.


Elle n’a pas un tout de haine
Gros comme un grain de Chènevis,
Au point qu’elle me fait des scènes
Pour n’être point de son avis.


Je sais bien que l’on lui reproche
De fréquenter le Cabaret.
Quand elle a trois sous dans sa poche.
Parbleu ! Qu’est-ce qu’elle en ferait ?



Certes, on l’y trouve d’emblée,
Quand on la cherche, Dieu merci !
Mais dans une docte assemblée
On peut la rencontrer aussi.


Parfois, quand elle a le nez… rose,
- C’est même son état normal -
Je l’ai rouge, moi qui vous cause.
Cela ne va pas plus mal.


Elle boit, tout en restant digne.
Marche-t-elle d’un pas tortu ?
C’est pour flatter le cep de vigne,
Par déférence et par vertu.


Va-t-elle jusqu’à la débauche ?
Son caractère n’en sait rien.
Elle a toujours le cœur çà gauche,
Absolument comme le mien,


Qui déverse, dans la seconde,
L’amour dont le ciel le combla ;
Elle embrasserait tout le monde,
Si je n’y mettais le holà…


* ..* ..*



Telle est cette personne étrange
Qui me plonge dans des émois,
Buvant - quand elle ne les mange -
Tous mes appointements du mois.


Et quand elle a, toute l’année,
Bu comme un vrai Sancho Pança,
Cette malheureuse damnée
A toujours soif. Expliquez ça.


Non? N’expliquez rien, je préfère.
Venez plutôt chez le bistro,
Que nous vous offrions un verre,
Chers lecteurs… mais vous êtes trop.



RAOUL PONCHON
Le Journal
02 janvier 1905
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